Anciennement appelé projet d’énergie propre Site C, le nouveau barrage et la nouvelle centrale John Horgan montrent comment le BIM, la collaboration dans le cloud et la gestion numérique des projets ont contribué à mener à bien l’un des projets d’infrastructure les plus vastes et les plus complexes du Canada, de la conception jusqu’à l’exploitation.

S’étendant sur plus d’un kilomètre en travers de la rivière de la Paix, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, le barrage et la centrale John Horgan de BC Hydro (anciennement projet d’énergie propre Site C) forment un ouvrage hors norme à presque tous les égards.

D’un montant de 16 milliards de dollars, ce projet comprend le troisième barrage et la troisième centrale hydroélectrique construits sur la rivière de la Paix. Parmi ses principaux ouvrages figurent un barrage en remblai d’environ 1 050 mètres de long sur 60 mètres de haut, une centrale équipée de six groupes de 205 mégawatts, neuf vannes d’évacuateur de crues, deux nouvelles lignes de transport de 500 kilovolts, plusieurs réaménagements routiers ainsi qu’un contrefort de 800 mètres en béton compacté au rouleau (BCR), conçu pour renforcer la résistance sismique du site.

La conception et les consultations ont débuté au milieu des années 2000, avant même le premier coup de pelle en 2015. Le premier groupe de production est entré en service en octobre 2024, et le sixième et dernier groupe a été mis en service en août 2025. Avec les six groupes en fonctionnement, l’installation hydroélectrique offre une capacité de plus de 1 230 mégawatts et produit environ 5 100 gigawattheures d’électricité par an, soit suffisamment pour alimenter de manière fiable l’équivalent d’environ 450 000 foyers.

Mais ce projet ne se distingue pas seulement par son ampleur. Au fil de sa réalisation, les technologies ont considérablement évolué, permettant à l’équipe de faire passer un processus de conception 2D bien établi à un environnement BIM coordonné, capable de gérer des centaines de modèles, des milliers de plans, des dizaines d’organisations et des contributeurs répartis au Canada et au-delà. Rodrigo Freig, fondateur de Modelo Tech Studio, a joué un rôle central dans cette transformation.

Passer à Revit et repenser entièrement le processus BIM

Freig a rejoint le projet il y a douze ans, à un moment charnière. Il a accompagné l’équipe de BC Hydro dans sa transition d’AutoCAD et de la 2D vers Autodesk Revit, afin de mettre en place un environnement et un processus BIM complets.

Modèle BIM fédéré de la centrale et de l’évacuateur de crues, superposé à une photo du site.

« Nous avons dû mettre en place toute l’infrastructure nécessaire pour les gabarits et le modèle », explique Freig. « Il fallait former les équipes et déterminer comment structurer ce projet gigantesque. Je n’avais jamais travaillé sur un projet d’une telle ampleur. »

« Il n’existe pas de solution toute faite », ajoute-t-il. « Sur des projets comme celui-ci, il faut sortir des sentiers battus. »

Les premiers bénéfices sont apparus lorsque BC Hydro a décidé de convertir en 3D les études de conception déjà réalisées en 2D.

« Au cours de ce processus, Revit nous a permis d’identifier les problèmes de coordination présents dans les plans », explique Freig.

L’utilisation de Revit a révélé des incohérences entre les plans, les coupes et les élévations, difficiles à déceler lorsque chaque dessin était examiné isolément. Dans un environnement BIM, ces vues ne constituaient plus des représentations indépendantes d’un même ouvrage : elles provenaient d’un modèle unique et cohérent.

« En 3D, on peut tout détecter, car le modèle est paramétrique », explique Freig.

Rendu 3D du groupe 6 (à gauche) et photo du groupe 6 pendant la construction (à droite).

À l’échelle du projet, quelque 165 modèles métiers étaient intégrés à plus de 70 modèles hôtes servant à produire les plans. Les contributions de plus de 40 entreprises ont été réunies dans cet environnement coordonné, avec notamment des modèles créés dans Revit, Autodesk Inventor, Autodesk Advance Steel, Autodesk Civil 3D et AutoCAD.

L’équipe a utilisé Revit pour modéliser les structures et les équipements du projet. Pendant la phase de conception, plus de 8 000 levées de béton ont été représentées individuellement, donnant aux ingénieurs un meilleur contrôle sur la réalisation des ouvrages massifs en béton. Ici, les murs étaient très éloignés des dimensions habituelles d’un bâtiment : certains atteignaient entre 1,5 et 2 mètres d’épaisseur. La planification des levées était donc essentielle pour maîtriser les coulages, les phénomènes thermiques, la qualité du béton et le phasage des travaux.

Les modèles coordonnés ont également été mis à la disposition des entreprises lors des appels d’offres. Elles pouvaient ainsi mieux appréhender le périmètre, visualiser les contraintes et chiffrer les travaux à partir d’une représentation plus complète du projet.

De la réticence à l’adhésion

Au début de la transition, certains ingénieurs hésitaient à s’appuyer sur les modèles 3D. Les processus 2D traditionnels avaient permis de réaliser des infrastructures pendant des décennies, tandis qu’une approche fondée sur les modèles introduisait de nouvelles responsabilités, de nouvelles normes et de nouvelles méthodes de revue de la conception.

« Au début, les ingénieurs qui n’avaient pas l’habitude de travailler en 3D se montraient hésitants et résistaient au changement », explique Freig.

Les attitudes ont rapidement évolué lorsque les équipes ont constaté la valeur de la visualisation.

« Dans l’année et demie qui a suivi le lancement, si je n’exportais pas la version hebdomadaire du modèle, je recevais de nombreux e-mails demandant : “Où est le modèle ? Nous avons besoin du modèle” », raconte Freig.

Chaque semaine, les modèles actifs étaient exportés, regroupés puis examinés dans Autodesk Navisworks. Les réunions de coordination, qui rassemblaient de nombreux intervenants, allaient bien au-delà de la simple détection des conflits. Les équipes pouvaient analyser les accès, les dégagements nécessaires à la maintenance, le phasage des travaux, la sécurité, les conditions d’exploitation et les interactions entre les différents systèmes en situation réelle.

Données de numérisation LiDAR du bâtiment d’exploitation de la centrale.

Les relevés LiDAR ont ensuite apporté un niveau de confiance supplémentaire en permettant de comparer l’environnement modélisé aux conditions réelles du site. La représentation numérique pouvait évoluer parallèlement à la construction physique, facilitant la validation, l’assurance qualité et la production de données de récolement plus fiables.

« Grâce au BIM et à Revit, nous avons pu achever une partie du projet en moins de la moitié du temps habituellement nécessaire. »

– Rodrigo Freig, cofondateur, Modelo Tech Studio

Faire basculer la collaboration dans le cloud

Lorsque l’équipe a commencé à utiliser Revit, elle travaillait sur des réseaux fermés et échangeait les fichiers via SharePoint. Compte tenu du nombre et du volume des modèles, la collaboration nécessitait souvent de charger, télécharger, enregistrer puis rouvrir manuellement les fichiers. Ce fonctionnement était très chronophage et ne garantissait pas toujours que les équipes réparties sur plusieurs sites disposent des informations les plus récentes.

Couloir de l’étage des générateurs de la centrale, illustrant un environnement BIM entièrement coordonné avec des systèmes techniques intégrés.

En 2018, peu après le lancement de Forma Design Collaboration (anciennement BIM Collaborate Pro), le barrage et la centrale John Horgan sont devenus l’un des plus grands projets d’infrastructure déployés sur la plateforme. Cette évolution s’est accompagnée d’une migration vers Autodesk Forma (anciennement Autodesk Construction Cloud), afin de disposer d’un environnement cloud centralisé permettant aux équipes réparties sur plusieurs sites de partager les modèles, coordonner leurs activités, collaborer et accéder plus facilement aux informations du projet.

« Le passage à Autodesk Forma et à Forma Design Collaboration a véritablement sauvé le projet », explique Freig. « Nous avons gagné un temps considérable en supprimant les opérations de chargement, de téléchargement, d’enregistrement et de réouverture des fichiers, ainsi que toutes ces tâches répétitives et fastidieuses. »

Toute la valeur de cette décision est apparue clairement pendant la pandémie de COVID-19. La collaboration dans le cloud étant déjà en place, les concepteurs, ingénieurs, entreprises de construction et fournisseurs ont pu continuer à travailler depuis leur domicile ou leurs bureaux, dans plusieurs régions, sans perdre l’accès à l’environnement de modélisation partagé.

« Lorsque la COVID a commencé, un très grand nombre de personnes travaillaient sur le projet », explique Freig. « Nous n’avons rencontré aucun problème du côté de la modélisation ou de la production des plans. »

Maintenir la stabilité d’un écosystème numérique exploité sur une période aussi longue nécessitait une gouvernance rigoureuse. Les versions et les mises à jour logicielles étaient synchronisées entre les différentes équipes, ce qui limitait les problèmes de compatibilité et les risques de corruption des fichiers. Au cours de plus de douze années de travail, les quelque 165 modèles actifs ont ainsi connu quatre mises à niveau majeures de Revit.

Alors que les derniers ouvrages approchent de leur achèvement, les fichiers sont progressivement transférés vers l’environnement Autodesk Forma actuellement utilisé par BC Hydro, puis remis aux équipes d’exploitation.

La valeur du BIM

L’équipe de Modelo Tech Studio lors d’une visite sur le chantier du barrage et de la centrale John Horgan, afin d’animer des sessions de formation à Autodesk Forma et Navisworks destinées au personnel chargé de la gestion de la construction.

Le BIM est finalement devenu bien plus qu’un simple environnement de coordination ou de production de plans. Il a servi aux métrés, à la validation de la conception, à la planification 4D, au suivi des installations, à la validation des paiements, au contrôle de l’existant et à la structuration des données patrimoniales.

Des scripts Dynamo ont été utilisés pour synchroniser les données techniques et les informations sur les équipements entre une liste de référence et les modèles. Cette automatisation a limité les ressaisies et permis à BC Hydro de disposer d’une maquette numérique de récolement intégrant les données patrimoniales constituées tout au long de la conception.

« Le BIM permet de gagner du temps dès la phase de conception », explique Jesus Sanchez, président de Modelo Tech Studio. « Il contribue à éviter les dérives de coûts pendant les travaux et fournit une grande quantité de données fiables pour la maintenance des installations. À long terme, les équipes d’exploitation gagnent ainsi un temps précieux. »

« Notre objectif est d’aider les équipes de projet à gagner du temps et à maîtriser les coûts grâce au BIM, en leur permettant d’identifier les problèmes avant même le démarrage des travaux sur le terrain », conclut Freig.

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