Village BIM accueille aujourd’hui Sylvain Wietrzniack, architecte DPLG et directeur du développement chez ACTH. L’occasion pour nous de faire un état des lieux du BIM Infrastructure en France. Où en sommes-nous dans l’hexagone ? Prend-on la bonne direction ? Quelles perspectives d’avenir et d’évolution ?
1 – Village BIM : Bonjour Sylvain. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter, et présenter ACTH et vos différentes activités ?
Sylvain Wietrzniack : Bonjour, je m’appelle Sylvain Wietrzniak, je suis architecte DPLG. Après quelques années de production en France et au Canada, j’ai rejoint ACTH en 1995 comme formateur CAO, puis directeur technique CAO/BIM, président et aujourd’hui directeur du Développement. ACTH (c’est le nom d’une hormone de croissance), a été créée en 1990 par un architecte docteur en informatique. Il s’agissait de faire comprendre, déployer, et intégrer les outils informatiques. La transmission des méthodes et des outils émergents, avec un seul but : faire avancer les pratiques des maîtrises d’œuvre. Dès l’origine, nous nous sommes développés avec les logiciels d’Autodesk.
Nous avons réalisé notre 1re formation AutoCAD en 1990 et Revit en 2004. Aujourd’hui, ACTH est Autodesk Training Center, agréé QUALIOPI, avec un écosystème d’une vingtaine de personnes, expertes dans l’enseignement sur des outils qu’ils pratiquent au quotidien dans la production.
ACTH est présidé aujourd’hui par Florian Bonhomme, responsable aussi du Pôle Formation métier EVA-aDig (Pôle Environnement Ville Architecture & Digital). Notre vecteur pédagogique étant les projets, nous réalisons « pour et avec nos clients » des missions d’AMO-BIM et de BIM Management, pour un vrai transfert de compétences. Historiquement, nous avons accompagné de nombreuses structures d’architecture et d’Ingénierie qui réalisaient des projets bâtimentaires, mais aussi des projets d’Infrastructure et d’Aménagement Urbain (Tramway, BHSN, Centre de Maintenance, Ouvrages liés aux transports et aux Mobilités, Grands projets d’Aménagement, etc.).
Ces expériences multiples ont contribué à notre sélection lors des marchés pour la Société du Grand Paris et l’expérience acquise lors de ces missions à renforcer notre crédibilité et nos expériences. Dès 2014 nous avons été sélectionnés pour faire partie de l’AMO-GED de la Société du Grand Paris avec le mandataire ParkerWilliborg, sur l’ensemble des problématiques GED, CAO, BIM, CIM & Plateformes. Puis en 2019 nous avons été sélectionnés comme AMO-BIM Général avec nos partenaires SXD et Vianova. La SGP est un terrain exceptionnel où nous avons rencontré des personnes profondément investies, et c’est avec joie et à notre toute petite échelle que nous avons contribué à la montée en compétences du secteur.
2 – Village BIM : Avec votre recul d’AMO, de formateur et de BIM Manager, quel regard portez-vous sur la maturité réelle du BIM Infrastructure en France ? Quel est le niveau de maturité général ?
Actuellement, nous sommes dans une des phases décrites par le cycle de Hype de Gartner qui concerne l’adoption et la « désirabilité » d’une nouvelle technologie. Les contraintes stratégiques et économiques sont très fortes. Nous sommes très contraints dans les budgets et dans le nombre des projets. La maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre souffrent. Cela est donc une opportunité.

En Juin 2026, nous sommes à la fin du 1er cycle du BIM en France (nous avons fêté les 12 ans du rapport de la mission Numérique du Bâtiment de Bertrand Delcambre). Le BIM a été largement expérimenté, déployé ou abandonné selon les cas. Certaines entreprises sont matures, d’autres sont en échec, d’autres encore en attente. Les personnels formés ont été renouvelés, les outils se sont aussi enrichis. La plupart des acteurs majeurs ou moyens de l’infrastructure ont réalisé ou au moins participé à des projets en BIM en France ou à l’international.
Au-delà de la méthode collaborative BIM, la CAO en Infrastructure reste toujours pertinente et n’a pas disparu, même si le BIM continue à se généraliser tranquillement. Il y a également l’arrivée de l’IA qui bouleverse tout. Comprendre les impacts et les usages IA est indispensable pour en profiter et pour remettre des perspectives en dynamique sur nos pratiques.
Point important, les MOA et les entreprises sont maintenant convaincus de l’effet GIGO (Garbage In, Garbage Out) et commencent à être moteurs. En effet, ils ont compris que le BIM est avant tout pertinent pour soi-même, et seuls les acteurs qui l’ont intégré avancent réellement, mais pour autant, tout comme pour chacun, il faut le mettre en place.
Avec ACTH, nous faisons depuis longtemps le point sur le triptyque Méthodes, Outils et Moyens, pour ne pas perdre ce qui a été fait, l’améliorer ou pour simplement s’y mettre. Dans ce contexte, nous élaborons un renouvellement de notre stratégie de transition, avec une vision beaucoup plus « sur-mesure » qui vise à prendre en compte ce qui a été élaboré, l’améliorer ou le remettre à sa place, vers une «Transition Numérique Raisonnée©».
3 – Village BIM : Avez-vous identifié des freins importants au déploiement du BIM dans l’infrastructure ?
On constate trois types de freins :
- D’une part, les tensions géopolitiques, qui ont pour impact le ralentissement des activités et des projets, la réorientation vers des typologies de projets spécifiques.
- D’autre part, la répartition des marchés, la contractualisation, le flou des responsabilités. Je reste optimiste mais ça prend du temps. Par exemple, les associations ou les Syndicats font avancer les choses. L’État et l’Europe se positionnent sur la maquette numérique et la donnée, sur l’indépendance et la résilience.
- Enfin, les référentiels, les supports de production, les bibliothèques, les processus, le manque de compétences sont le dernier frein.
Les formations professionnelles se structurent petit à petit et les parcours adaptés des titres du RNCP (BIM Modeleur et Coordinateur BIM) explosent. Les technologies sont aussi plus matures. J’en profite pour saluer l’investissement d’Autodesk dans cette voie avec la convergence des produits et l’introduction de l’IA. Enfin, grâce aux travaux des associations et à l’expérience des acteurs, les méthodes se stabilisent.
Nous sommes convaincus qu’aujourd’hui l’approche est beaucoup plus pragmatique. C’est pour cela qu’ACTH a développé des pratiques optimisées de la production en CAO/BIM dans l’infrastructure. Nous n’avons jamais pratiqué un BIM théorique, nous avons toujours été souples, plus en rapport avec les exigences des métiers et de leurs outils. Nous proposons une chaîne de production mixte CAO et BIM :
- Optimiser la production 2D, surtout avec les avancées d’AutoCAD et de Civil 3D.
- Passer vers le « BIM 2D », avec les produits métiers dans Civil 3D et AutoCAD Architecture.
- Enchaîner sur le « BIM 3D », avec Autodesk Forma et Revit, Civil 3D et AutoCAD Architecture.
- Enfin, collaborer en cloud avec Autodesk Forma et utiliser l’IA.

4 – Village BIM : Dans les grands projets d’infrastructure, comme ceux liés à la Société des Grands Projets, qu’est-ce qui fait la différence entre une démarche BIM théorique et une démarche BIM opérationnelle ?
Avec les marchés à la SGP, nous ne sommes ni les gestionnaires des Contrats, ni les titulaires de marchés de conception ou de réalisation, ni les producteurs d’exigences des données et des classifications des objets. Nous avons toujours été dans la position du conseil et du support. Toujours au service des équipes pour les aider à mieux réaliser leurs métiers avec les outils BIM.
Nous sommes et avons toujours été à notre place : contribuer à mieux définir des standards, améliorer des pratiques, démontrer aux acteurs l’efficacité immédiatement pour leurs propres missions avec le BIM. Contribuer réellement à une bonne gestion des projets en BIM qui est au service de la réalisation de ces projets.

Ne pas vendre du rêve, expliquer les difficultés et mettre en place les dispositifs pour les franchir. Avoir une stratégie de petits pas, directement applicables, mais avec une portée immédiate et pertinente. Être toujours au plus près des acteurs dans l’opérationnel et leurs pratiques du métier.
Malgré cette approche pragmatique, les acteurs ne l’étaient pas toujours. La concurrence étant très forte, les discours, les objectifs et les ambitions annoncés n’étaient pas toujours en adéquation entre les budgets ou les capacités une fois les marchés signés. La multiplicité des acteurs et des marchés a entraîné des incohérences en termes de transversalité et d’objectifs BIM.
Enfin, le décalage temporel entre les différents marchés et les aléas ont facilité l’autonomie des lignes et au final plusieurs BIM ont vu le jour, selon les grands acteurs et les phases : les objectifs ambitieux, le sont restés, les réalités sont beaucoup plus mouvantes, et nous attendons maintenant avec impatience la transmission aux futurs exploitants qui vont eux aussi structurer leur propre BIM.
5 – Village BIM : On sait que la continuité numérique est un sujet crucial. Comment relier concrètement CAO, BIM, SIG, données projet et exploitation dans une chaîne cohérente ?
La question d’interopérabilité n’est pas nouvelle. Il s’agit d’être en accord sur les données communes entre acteurs.
En 2013, nous parlions déjà de «Continuité Numérique des données du Territoire à l’équipement©». Cela se traduit plus par une permanence et un maintien des données que par une Maquette unique. Nous nous sommes toujours opposés au rêve de la Maquette unique dans un seul logiciel.
Depuis l’origine, nous réfléchissons à la frugalité des données, produire ce qui est nécessaire au moment nécessaire, pour chaque acteur et pour ses propres usages, souvent avec ses propres outils.
En revanche nous avons toujours parlé des Communs des projets (les nomenclatures, la cohérence géométrique, la géoposition, le formatage, la fiabilité, la qualité, les données identifiables, la fraîcheur des données, etc.).
Avec les grands acteurs du tertiaire, le sujet a toujours été d’actualité, que cela soit pour l’exploitation de leurs plans sous Autocad ou maintenant en BIM avec une interaction des systèmes GTB, GTC, GMAO ou les IWMS qui nécessitent une vision d’Hypergestion. Cela pose encore plusieurs problématiques et pour l’instant la cohérence des référentiels de données se met en place, mais dans chaque entité. C’est déjà pas mal quand il s’agit de gérer le patrimoine d’un réseau de transport, d’eaux ou de navigation ou un parc immobilier de plusieurs milliers de mètres carrés, ou de plusieurs millions d’objets.
6 – Village BIM : Comment positionnez-vous les solutions Autodesk dans cette chaîne numérique ? Quels logiciels sont les plus appropriés lors de vos prestations ?
Justement, l’arrivée d’Autodesk Forma (anciennement ACC) change les pratiques, et améliore grandement la cohérence de la chaîne et le partage à de nombreux niveaux :
- Accès en amont des projets pour l’ensemble des équipes aux données socles et aux données OpenData avec une intégration ArcGIS.
- Partage des fichiers de production et Data Management centralisé avec gestion des versions des fichiers et des historiques, donc du processus collaboratif de production.
- Cohérence des paramétrages pour l’ensemble des équipes, avec les Bibliothèques partagées et pilotées, le partage des normes.
- Mise à disposition des fonctions rapides de partages et de collaborations des Fichiers, des Vues, des Annotations et des Commentaires ou des BCF pour les prises de décisions, les revues ou la centralisation et le partage d’informations.
- Accès aux fonctions Cloud (Calcul Ensoleillement, Vent, Rendu, Immersion, etc.).
- Automatisation de scripts et de traitements en lots.

Je suis aussi très chaleureusement surpris par l’effort réalisé par Autodesk dans sa volonté d’intégrer le Cloud, je viens de vous parler d’Autodesk Forma, je pourrais aussi m’étendre sur les autres outils indispensables dans la production, mais j’insisterai spécifiquement sur l’intégration des supports de production pour un vrai partage collaboratif dans les équipes qui utilisent AutoCAD, Civil 3D ou Revit :
- Portage directement de l’ensemble de la production dans l’espace documentaire (centralisation complète des fichiers en respect de la norme ISO 19650)
- Paramétrage centralisé et cohérent pour l’ensemble des équipes, avec les bibliothèques partagées de blocs ou de familles, le partage des normes et des gabarits, customisation d’interfaces, etc.
- La mise à disposition des fonctions rapides de partages et de collaborations des Fichiers (Xrefs), des Vues, des Annotations et des Commentaires et BCF, les prises de décisions, les revues. Garantissant la centralisation et le partage d’informations et des fichiers pour la production.
7 – Village BIM : La montée en compétence reste un sujet clé. Comment ACTH accompagne-t-elle les équipes pour qu’elles deviennent autonomes, au-delà de la simple formation logiciel ?
Nous formons nos clients aux outils (CAO/BIM) de l’initiation à l’expertise selon leurs spécificités métiers : MOA, MOE, entreprise de Travaux/Réalisation et Opérateur de Maintenance & d’Exploitation
Pour assurer cette intégration et un vrai transfert de compétences, nous élaborons avec les clients des accompagnements « sur-mesure » qui visent à prendre en compte ce qui a été élaboré, l’améliorer et permettre l’accompagnement à la mise en œuvre.
Nous sommes des «faiseurs», nous faisons donc avec nos clients, et cela jusqu’à leur autonomie. Les méthodes évoluent, et nous proposons d’être présents au plus proche des équipes en faisant cet accompagnement «On the Job» pour l’ensemble des métiers.
Nous analysons les besoins, nous les formons, puis nous faisons avec eux, et parfois nous faisons pour eux. Cela permet de complètement les rassurer dans un accompagnement opérationnel. Quel que soit le niveau de compétence ou de maturité CAO, BIM et IA nous avons pour objectif l’intégration durable des méthodes dans leurs processus et leurs équipes.
Nos missions se construisent dans une approche spécifique de leurs valeurs et nous les aidons à développer leur intelligence collective interne en les accompagnant autour de la création des communautés d’utilisateurs.
8 – Village BIM : Pour conclure, quels conseils donneriez-vous à une organisation qui souhaite structurer ou relancer sa démarche BIM Infrastructure en 2026 ?
Me joindre, bien sûr ! Rien ne remplacera jamais un échange direct. Sinon, elle peut trouver facilement nos coordonnées et se renseigner via nos pages LinkedIn ou notre site acth.fr.




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